Jacqueline Marval

 1866 - 1932
par François Roussier
Chargé du Musée Mainssieux.
Voiron, Isère.


Jacqueline Marval - 1889
par Jules Flandrin (46 x 38 cm)
Collection privée, Paris.

Les Odalisques
signé et daté 1902-03 (1,94 x 2,30 m)
Salon des Indépendants de 1903
Musée des Beaux Arts de Grenoble.

 

Cendrillon, retour du bal - 1929
huile sur toile (1,16 x 0,90 m)
Collection privée, Paris.

 

Notre Dame - vers 1916

Notre Dame de Paris - vers 1916
Huile sur toile (65 x 81 cm)
Collection privée, Moscou.

Est-il possible d’ignorer l’art de Jacqueline Marval dans l’évolution de la peinture française au début du XX° siècle? C’est sans conteste l’artiste qui a le plus apporté à la jeune et turbulente génération des "fauves" et lui a montré le chemin d’une telle hardiesse. Après un long purgatoire, lot habituel des novateurs, son œuvre renaît aujourd’hui parmi ses contemporains les plus illustres qui souvent l’admirèrent et devinrent ses amis.

Née à Quaix, près de Grenoble, en 1866, l’aînée d’une famille d’instituteurs de huit enfants, elle poursuit sans conviction des études qui la destine à l’enseignement. Elle se marie; la douloureuse perte de son premier enfant provoque le tournant décisif de son existence. Elle se retrouve seule, subsistant grâce à des travaux de giletière. Elle vient à Paris en 1895 où elle habite au numéro 9, rue Campagne-Première à Montparnasse, au cœur d’un vivier d’artistes. Elle mène alors la dure vie de couturière avant » d’entrer en peinture » peu avant la fin du siècle. Son compagnon le peintre Jules Flandrin (1871-1947) – élève de Gustave Moreau à l’école des Beaux-Arts – lui fait côtoyer Marquet, Matisse, Manguin, Rouault, Camoin, Charles Guérin …

Ses œuvres sont refusées au Salon des Indépendants de 1900, comme beaucoup de ses prédécesseurs. 1901 marque sa première participation à ce Salon. Berthe Weill, Ambroise Vollard, puis Eugène Druet s’intéressent à son œuvre, achètent et présentent ses tableaux.

L'Odalisque au Guépard 1901 - (1 x 2 m). 
Anciennes Collections Ambroise Vollard puis Oscar Ghez, Musée du Petit Palais, Genève.
Collection privée Grenoble.

Après l’historique exposition de février 1902 -souvent oubliée-, où la peinture de Matisse, Marquet, Flandrin et Marval est présentée pour la première fois, en un lieu privé, chez Berthe Weill, dans la petite galerie au 25 de  la rue Victor Massé, à Paris (9°), elle débute une longue activité picturale jalonnée de nombreuses expositions tant à Paris qu’en Europe, aux États-Unis ou en Asie..

Matisse au Salon des Indépendants de 1903 demeure étonné et frappé par la puissance de son grand tableau novateur* ‘Les Odalisques’ , aujourd’hui au Musée des Beaux-Arts de Grenoble.

* Propos de Matisse lors d’une visite à l’atelier du peintre Lucien Mainssieux (1885-1958) et rapportée dans les manuscrits de ce dernier, conservés au Musée Mainssieux de Voiron (Isère).

Fin août 1905, en réponse aux félicitations qu’elle avait envoyées lors de leur récente intronisation à la Franc-Maçonnerie, Marquet et Manguin adressent à Marval une réponse élogieuse sur une carte postale ainsi rédigée:
"l’hommage du bon goût au génie" , signée : "les frères" …

Admirative devant son art spontané, libéré et généreux ainsi que par sa bonté infaillible envers ses amis et de nombreux jeunes artistes qu’elle aide sans compter, la critique parisienne encense l’art de Marval. De sa  "belle campagne" du 19 quai Saint Michel à Paris, en compagnie de ses prestigieux voisins, ses fenêtres grandes ouvertes sur Notre Dame, dans son monde de rêve, elle poursuit son œuvre avec la certitude de l’artiste. Elle meurt dans la pauvreté à Paris le 28 mai 1932, dans la même chambre de l’hôpital Bichat qu’un autre magicien de l’Art Français : Paul Verlaine.  Après la crise économique et la seconde guerre mondiale, les galeries d’art exposent alors les œuvres disponibles des artistes du début du siècle encore en vie, ainsi que ceux de la nouvelle génération.
Après la mort de Marval, sans descendance, son œuvre est dispersée et après la fermeture de la Galerie Druet en 1938, son empreinte s’enfonce progressivement dans un long silence.

François Roussier.