les fleurs

Texte de Pierre Varenne, d’après le Dictionnaire Biographique des Artistes Contemporains, 1910-1930,
par Edouard Joseph, Art & Edition, Paris, 1931 (Droits Réservés)

Jacqueline Marval expose aux Salons d’Automne (sociétaire), des Indépendants, à la Société Nationale des Beaux-Arts, des Tuileries. Participa à de nombreuses expositions à l’étranger, notamment à Pittsburg, Barcelone, Liège, Venise, Kyoto, et dans diverses villes de Suisse et de Hongrie. Ses parents, directeurs d’école voulaient la destiner à l’enseignement, mais elle compris vite que là ne serait pas sa voie et très jeune, se sentit attirée par l’art de peindre.

Collections : Georges Menier, P. Bénard, Mattéi, Miquel, Ducharne, René Dubost, Paquement…
Musée : Luxembourg (La Mystérieuse), Le Havre, Nantes, Alger, Kyoto …

Grand Bouquet à ma Fenêtre. Huile sur toile, 110 x 150 cm. Collection privée.

Bouquet au Voile Blanc, c 1925. Huile sur toile, 100 x 80 cm. Collection privée.

Jacqueline Marval n’est pas une femme peintre. C’est un peintre, voilà tout. Elle n’a jamais compris que l’on catalogue les artistes par leur sexe; Elle s’est toujours refusée à exposer avec des « consœurs », uniquement. Elle ne croit pas qu’un Salon de peinture doive évoquer un Congrès féministe. Elle s’ennuie dans le compartiment des dames seules…

Jacqueline Marval a des ambitions hautes et justifiées. La science des volumes et des proportions, le sens de la composition, le jeu divin des ombres et des lumières, le velouté d’une joue, la transparence d’un voile, la pensée d’un regard et tout ce qu’il y a de fugitif, d’insaisissable dans le ciel toujours changeant qu’est un visage féminin, voilà ce que son pinceau magique fixe à jamais !

Fillettes jouant sur les plages dorées, odalisques rêvant dans la paix bleue des harems, courtisanes ingénues, premières communiantes, enfants trop pâles, poupées multicolores, fées translucides et tous les personnages de magie et de légende, depuis Cendrillon jusqu’à Sylvie en passant par Emma Bovary, elle peint tout cela avec une joie, une vigueur, un élan, une foi, une maîtrise, qui sont d’un véritable maître, d’une inépuisable enchanteresse…

Et ce n’est jamais « littéraire » ! La peinture littéraire, Jacqueline Marval la redoute. Elle croit que les arts ont des frontières et que le peintre ne doit émouvoir, charmer et retenir que par la seule qualité de sa peinture.

Grand Bouquet de Roses, Jacqueline Marval, c 1920. Huile sur toile, 130 cm x 195 cm. Collection privée, Moscou.

Pivoines Blanches à ma Fenêtre, c 1920. Huile sur toile, 81 cm x 100 cm. Collection Privée, Paris.

Voyez ses fleurs, ses fleurs éblouissantes, à la fois si légères, si vaporeuses et si charnelles ! C’est tout un ruissellement d’aubépines, de bleuets, de lis, de marguerites, de pivoines, d’iris, de dahlias, de coquelicots, de boules de neige, de phlox, de boutons d’or, de digitales, d’ancolies, de roses surtout, de roses de toutes formes, de toutes sortes, de toutes couleurs…

Et ces fleurs, rarement disposées avec ordre, presque toujours jetées en vrac, revivent d’une vie si intense, si ardente, si violente qu’on croit, quand on regarde longtemps une toile de Mme Marval, qu’elle va bientôt s’éteindre et se faner comme un bouquet ! « Neiges de blancs bouquets d’étoiles parfumées » , une fin de jour d’automne, en regardant peindre Marval, j’ai murmuré ce vers mallarméen qui définit si bien son art prestigieux.

Le soir tombait sur Notre-Dame. Les lueurs dernières du crépuscule s’éteignaient peu à peu et, sur les quais, en plis d’ombre et de silence, on n’entendait plus que le cri d’un bateau lointain. Paris était comme un petit port abandonné. Tout était devenu la nuit, une nuit si froide, si triste… Mais devant moi une gerbe diaprée emplissait l’atelier de charme et de clarté…

Pierre VARENNE

D’après le Dictionnaire Biographique des Artistes Contemporains, 1910-1930,
par Edouard Joseph, Art & Edition, Paris, 1931 (Droits Réservés)